Pandémie du COVID-19 et santé mentale: quelques conseils

PANDEMIE DU COVID-19 ET SANTE MENTALE : Quelques conseils

 

La pandémie liée au COVID-19 ne cesse de semer la peur au sein la population, et ce d’autant plus que la décision de confinement a été adoptée pour limiter la propagation du virus.

Les déplacements des personnes sont de ce fait limités au strict nécessaire, à savoir s’approvisionner ou se soigner. La vie à l’extérieur est quasiment à l’arrêt : commerces, restaurants, hôtels, administrations, écoles et mosquées sont fermés et le pays est coupé de l’étranger avec l’arrêt des transports aériens et autres moyens de transport.

Même si ces mesures sont comprises par tous, elles restent très contraignantes et bouleversent la vie et les habitudes des citoyens. A la peur de mourir ou de perdre un proche s’ajoutent, chez certains, des facteurs de stress tels que l’obligation d’arrêter de travailler, des soucis de santé ou encore une situation de précarité. Des familles nombreuses se retrouvent parfois confinées dans des espaces réduits, attisant les tensions et réveillant les conflits entre les membres de la famille.

Ces situations peuvent engendrer des abus et de la violence, à l’origine d’un sentiment d’insécurité et d’incertitude chez les citoyens. Ils ont peur et se sentent mal, ressentent de la colère, de la déprime, de l’ennui, rencontrent des difficultés pour dormir, parfois des phobies ou de l’hypochondrie. Les capacités d’adaptation des individus sont mises à rude épreuve.

Devant cette catastrophe sanitaire, l’élan de solidarité et la mobilisation de toute la société (structures hospitalières étatiques et populations) dans la lutte contre l’épidémie et pour aider les plus démunis sont encourageants. Ils redonnent espoir et confiance à la population.

Dans ce contexte de crise sanitaire, il est important de garder son calme et de se dire que cette pandémie va passer ; l’humanité à travers son histoire en a connu d’autres et s’en est sortie.

Il est certes important de suivre les conseils d’hygiène (se laver les mains fréquemment au savon ou en utilisant une solution hydroalcoolique, désinfecter toutes les surfaces pouvant véhiculer le virus, maintenir une distance sociale des autres) mais il faut aussi adapter sa vie au climat de confinement pour maintenir un équilibre psychologique.  Il est important de maintenir des liens avec son entourage, sa famille et ses amis : s’enquérir de leur état, discuter, échanger, sentir ses soucis partagés par d’autres personnes confrontés aux même difficultés, en utilisant les réseaux sociaux et applications disponibles. Dans certains cas, il est possible de travailler à distance voire d’étudier pour les plus jeunes et ainsi rester actifs.

Ressentir du stress durant cette période n’est pas une faiblesse et il est possible de le diminuer et de le contrôler en adoptant certaines conduites.

Il est, de ce fait, conseillé de limiter son exposition aux médias qui transmettent en boucle des récits alarmants d’ici et d’ailleurs. Il est possible de regarder les informations 1 à 2 fois par jour en s’assurant qu’il s’agisse de sources fiables.

Planifiez la vie de famille en instaurant des règles à suivre et une routine journalière :  manger ensemble aux mêmes heures, s’entraider dans les tâches quotidiennes, cuisine, ménage….

Evitez l’ennui en organisant des activités de détente à partager ensemble (jeux, films, sport) ou à faire séparément (lecture, travail, écouter de la musique) et permettez dans la mesure du possible à chaque personne de s’isoler et de se relaxer.

Ecoutez les autres membres de la famille, aidez-les et encouragez-les.

Protégez les enfants en limitant leur temps d’exposition aux médias. Il est important de les écouter parler de leurs inquiétudes et de leur témoigner de l’affection, les rassurer et leur dire qu’ils sont en sécurité. Parlez de cette épidémie avec honnêteté, en utilisant un vocabulaire accessible.

Organisez des activités pour vos enfants et faites-les participer aux vôtres.

Pensez aussi à aider les personnes âgées ou ayant des comorbidités. Ce confinement et les restrictions liées à cette épidémie sont particulièrement éprouvants pour les personnes fragiles ou psychologiquement vulnérables, très sensibles au stress : ces personnes sont plus susceptibles de présenter des complications et, dans certains cas, nécessiteront une prise en charge appropriée. Il est possible de souffrir d’anxiété, voire d’attaques de panique, de phobies (claustrophobie par exemple) ou encore d’états dépressifs. Ces troubles peuvent apparaitre pour la première fois durant cette période ou s’aggraver chez des personnes qui en souffrent déjà, même sous traitement.

Des problèmes d’addiction et des idées suicidaires sont plus fréquentes dans ces périodes de stress et de tension.

Des personnes souffrant de troubles obsessionnels compulsifs, notamment ceux présentant des rituels de lavage en réponse à des obsessions de contamination, peuvent présenter une exacerbation ou une reprise des compulsions devant la peur d’être contaminé par le virus, avec des lavages répétés et un nettoyage de toutes les surfaces pour se protéger.

Certaines personnes, dans ce contexte d’épidémie mettant en danger leur vie ou celles de leurs proches, peuvent développer des états de stress post-traumatique. Cela peut concerner des personnes ayant perdu un proche ou ayant contracté elles-mêmes la maladie, ainsi que les personnes ayant dans leurs antécédents des psycho-traumatismes.  Ces sujets vont alors présenter des états de détresse avec des images répétitives, intrusives qu’ils vont chercher à éviter. Des cauchemars et problèmes de sommeil sont souvent présents avec des symptômes de dépression qui peuvent nécessiter une prise en charge appropriée.

Il est souhaitable, dans ce contexte exceptionnel de pandémie, de mettre en place des plateformes de soutien psychologique proposant par exemple des appels téléphoniques pour aider les personnes les plus fragiles à faire face au stress et à la détresse. Ces échanges permettent d’écouter, expliquer, soulager et le cas échéant orienter vers une prise en charge spécifique.

Plus problématique encore, la situation de patients souffrant de maladies mentales chroniques, telles que les troubles psychotiques et délirants ou d’autres handicaps. Ces personnes sont elles aussi très vulnérables au stress et suivent souvent des traitements lourds. Du fait de ce confinement, ces patients peuvent se trouver en rupture de soin ou en arrêt de traitement et s’exposent alors à un risque de décompensation de leur maladie. Les patients présentant des troubles cognitifs peuvent aussi ne pas être conscients de la nécessité de se protéger.

 

Plus dramatique encore, la perte d’un être cher qui a succombé au COVID-19, en période de confinement. Comment faire son deuil sans voir la dépouille et organiser les rituels de l’enterrement ?

Dans le contexte actuel de pandémie et afin de limiter les risques de propagation du virus, il est stipulé que les institutions hospitalières procèdent elles-mêmes au lavage mortuaire, en présence de seulement 2 membres de la famille du défunt, qui ne pourront ni le toucher ni le voir. Ces deux personnes l’accompagneront directement au cimetière, où il sera mis en terre.

Le défunt n’est alors qu’un mort parmi tant d’autres. La famille se retrouve dans sa solitude, sans ses proches pour partager sa douleur et se sentir soutenue et consolée, en proie au sentiment d’impuissance et de culpabilité.

Le deuil dans ces conditions peut être plus long et douloureux. Il est important dans ce contexte de rester en contact avec ses proches endeuillés, par téléphone et internet, et de ne pas les abandonner à leur peine. Il faut les écouter, les faire parler, les aider à exprimer leurs émotions, rendre hommage au défunt, directement ou en écrivant (SMS, réseaux sociaux). Il est important de surveiller l’apparition de signes de complication et d’encourager à consulter le cas échéant. Et pourquoi pas planifier une visite pour rendre hommage au défunt, une fois la pandémie passée.

La téléconsultation est à cet égard un outil précieux pour prendre en charge à distance des problèmes psychologiques et psychiatriques.  Elle permet aux soignants de garder un contact avec leurs patients et d’aider les personnes en détresse, apaiser leurs angoisses en écoutant leurs tourments et en leur donnant des explications et recommandations pour traiter leurs troubles.

 

Dr F Chikhi Bengougam

Neuropsychiatre, psychothérapeute