C’est neurologique ou psychiatrique ?

Il est d’usage de séparer neurologue et psychiatre, le premier traite les lésions organiques du système nerveux central ou cerveau, et le second les troubles psychiatriques ou maladies mentales.
Ces deux disciplines (neurologie et psychiatrie) étaient autrefois réunies en une seule, la neuropsychiatrie, et se sont finalement séparées au début du siècle dernier. D’éminentes figures de la psychiatrie du 20ème siècle, à l’image de Kraeplin, Alzheimer ou Charcot parmi d’autres, auxquels on doit notamment les premières classification des maladies mentales ou les descriptions de pathologies, étaient aussi neurologues.
Ces deux spécialités ont alors évolué selon des chemins différents, ont amélioré leur savoir faire, leurs méthodes, et leurs traitements, et se sont diversifiées en sous spécialités.
La neurologie est restée proche de la médecine en général, et s’est concentrée sur les maladies du système nerveux central aux localisations somatiques bien identifiées, tel que AVC , SEP, ou démences, tandis que la psychiatrie traite des troubles de la pensée, des émotions ou du comportement, tels que troubles de l’humeur, schizophrénie ou troubles anxieux, ces derniers étaient alors dits fonctionnels, sans origine organique bien identifiée jusque là.
D’autre part, la psychiatrie s’est enrichie des apports des sciences humaines et sociales, et s’est intéressée aux troubles du développement de l’être-humain et aux influences du mode d’éducation intra-familiale, mais aussi socio-économiques et culturels en général. Ont été alors développées d’autres méthodes de prise en charge des patients, telles que les traitements psychothérapiques.
Ce faisant, la psychiatrie s’est encore éloignée de la neurologie, voire des autres disciplines de la médecine.

Pourtant, dans la pratique quotidienne, ces deux domaines sont très interdépendants, leurs compétences cliniques se chevauchent, et leur délimitation paraît artificielle.
En effet, les troubles mentaux sont aussi attribuables aux maladies du système nerveux central considérées comme neurologiques. Ainsi les maladies dégénératives (Parkinson, Alzheimer, Huntington, …) se manifestent aussi par des troubles psychiatriques, tels que troubles cognitifs et comportementaux, mais aussi troubles dépressifs et psychotiques ; les migraines chroniques peuvent s’accompagner de troubles anxieux, ou dépressifs; les traumatismes crâniens et épilepsie sont susceptibles de provoquer des troubles de la personnalité voire de PTSD pour le premier.
Les atteintes cérébrales, qu’elles soient d’origine vasculaire, tumorale, inflammatoires ou autres, dans de nombreuses localisations, se manifestent par des syndromes psychiatriques. Par exemple, les atteintes du lobe frontal se manifestent par des troubles cognitifs, émotionnels et comportementaux, alors que les atteintes du lobe temporal entraînent des délires ou des états confusionnels.
Par ailleurs, Le développement des neurosciences et de la génétique nous force à revoir des dogmes anciens, et elle a apporté des changements fondamentaux dans nos connaissances des sciences du cerveau.
D’une part, l’implication génétique est retrouvée dans les maladies mentales, et dans la variabilité interindividuelle, seule ou en interaction avec les facteurs environnementaux. De plus, les nouvelles techniques de neuro-imagerie médicale (IRM fonctionnelle, PET) ont permis d’étudier et de voir le cerveau en activité, et ont permis une meilleur appréhension des maladies mentales et de leurs étiologies.

Le cerveau est un organe complexe, formé de tissu neuronaux organisé en aires, mais aussi de circuits neuronaux. Les troubles psychiatriques considérés autrefois comme psycho-géniques, ont aussi en fait, une base neuropathologique et biologique, et leur cause réside dans le dysfonctionnement des circuits neuronaux du cerveau. Les maladies psychiatriques telles que schizophrénie, troubles bipolaires, TOC et bien d’autres ont ainsi été reliées à des structures du cerveau, et c’est en agissant sur la neurochimie du cerveau, que les médicaments psychotropes améliorent ces troubles.
Les maladies mentales, comme les maladies neurologiques sont des maladies du cerveau.

Il est aujourd’hui établi que le cerveau est l’organe du psyché, et que notre vie mentale prend naissance dans notre cerveau. Ce dernier est susceptible d’être atteint par des lésions acquises ou liées à l’hérédité génétique, puis notre vie mentale est influencée par notre histoire personnelle, notre passé, par des facteurs qui font notre différence (âge, sexe, niveau d’éducation), par l’environnement dans lequel nous avons vécu et par les aléas de la vie auxquels nous avons été confrontés. C’est la combinaison de ces différents facteurs qui va alors avoir un effet protecteur, ou bien, nous prédisposer à des lésions neurologiques ou psychiatriques.
Il n’est donc pas recommandé de penser en termes d’organique et de psychique, ou de fonctionnel, vu que les troubles mentaux impliquent aussi les structures du cerveau, mais en termes de deux domaines (neurologie et psychiatrie), étroitement liés, complémentaires, et s’intéressant aux deux faces très interdépendantes,d’un même organe, le cerveau, et dont les connaissances combinées vont permettre une meilleure qualité de soins pour le patient atteint d’une de ces maladies.

– Dr Chikhi

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